Tea pet : histoire et usage du compagnon de thé chinois

Différents tea pets ou compagnons de thé chinois, dont le pee-pee boy

Pourquoi certains amateurs de thé versent-ils une partie de leur infusion sur un tea pet, cette petite figurine posée à côté de leur théière ?

Qu’est-ce qu’un tea pet ?

C’est le compagnon de thé, souvent appelé tea pet en anglais et chá chǒng (茶宠) en chinois.

Chá (茶) signifie « thé ». Chǒng (宠) évoque ce que l’on affectionne et que l’on choye. « Compagnon de thé » est ainsi une traduction française naturelle pour désigner cette petite figurine associée à la préparation du thé.

Généralement réalisée en céramique et souvent laissée non émaillée, elle trouve sa place sur un plateau ou une table à thé. Elle peut être simplement décorative ou ludique, ou porter une symbolique particulière. Elle peut aussi accompagner la préparation : on verse alors sur elle de l’eau ou un peu de thé.

L’origine exacte des compagnons de thé actuels reste difficile à dater. Un texte de l’époque Tang rapporte toutefois qu’à Gongxian — l’actuelle Gongyi, dans la province du Henan — des potiers fabriquaient déjà des figurines représentant Lu Yu, l’auteur du Classique du thé. Des marchands de thé les arrosaient lorsque leurs affaires allaient mal. Ce témoignage offre un parallèle ancien étonnant, sans permettre pour autant d’établir une filiation directe avec les tea pets tels qu’on les connaît aujourd’hui.

Comment évolue un compagnon de thé avec l’usage ?

On dit parfois que l’on « élève » son compagnon de thé : au fil des préparations, un peu d’eau ou de thé est versé sur la figurine. Sur une terre non émaillée, ces usages répétés modifient progressivement l’aspect de la surface. Sa couleur peut évoluer et la figurine acquérir peu à peu une patine et davantage de lustre.

Certains amateurs utilisent aussi une petite brosse ou un pinceau souple. Cela permet de répartir le thé sur toute la surface et d’éviter qu’il ne s’accumule seulement à certains endroits.

Les modèles les plus sobres présentent souvent une surface mate et monochrome. Mais il existe aussi des compagnons de thé partiellement ou entièrement émaillés, ainsi que des figurines jouant sur plusieurs terres, couleurs ou finitions. Leur aspect évolue alors différemment au contact répété de l’eau et du thé.

Yixing et la zisha dans l’univers des tea pets

La zisha (紫砂) de Yixing, dans la province chinoise du Jiangsu, est l’une des matières les plus étroitement associées aux compagnons de thé. C’est cette même grande famille de terres qui a fait la réputation des théières de Yixing. Les tea pets ne sont cependant pas tous réalisés en zisha : d’autres terres et céramiques, émaillées ou non, sont également utilisées.

Yixing possède par ailleurs une longue tradition de travail de la zisha, documentée au moins depuis la fin des Ming. Ses théières sont devenues emblématiques de l’art chinois du thé, comme le rappelle notamment le musée Guimet. Le Musée du Palais de Pékin, installé dans la Cité interdite, conserve également des objets en zisha autres que des théières.

Formes et symbolique des compagnons de thé

Les compagnons de thé prennent des formes extrêmement variées. On rencontre des dragons, pixiu, qilin, Guanyin, Maitreya, moines, rats, buffles, tigres, lapins, serpents, chevaux, singes, cochons… On trouve ainsi aussi bien des animaux réels ou mythiques que des personnages issus de la culture, des croyances ou de l’imaginaire chinois. Certaines de ces formes possèdent une symbolique traditionnelle bien établie, souvent liée au bon augure, à la protection ou à la prospérité. D’autres sont choisies plus simplement pour leur caractère décoratif, humoristique ou attachant.

Les douze animaux du zodiaque chinois constituent également une source d’inspiration. On peut ainsi choisir un compagnon correspondant à son propre signe ou à celui de l’année en cours, sans que cet usage soit une règle particulière de la pratique du thé.

Le crapaud à trois pattes, symbole de prospérité

Le crapaud à trois pattes compte parmi les compagnons de thé les plus reconnaissables. On l’appelle souvent Jīn Chán (金蟾), le « crapaud doré ». Sa présence ne vient pas spécifiquement du monde du thé : elle reprend une ancienne figure de l’iconographie chinoise associée à la prospérité et au bon augure.

Le crapaud est notamment associé à Liu Hai, personnage de la tradition taoïste, dans une scène bien connue appelée « Liu Hai jouant avec le crapaud » (刘海戏蟾).

Liu Hai assis sur un crapaud, sculpture chinoise en bambou

Dans ces représentations, Liu Hai tient souvent un cordon de monnaies avec lequel il attire ou taquine le crapaud. Les anciennes pièces chinoises étaient percées d’un trou carré qui permettait de les enfiler les unes à la suite des autres. Le cordon de pièces renvoie donc directement à l’argent. Associés dans une même scène, Liu Hai, le crapaud et les monnaies ont progressivement formé une image liée à la richesse et à la prospérité.

C’est cette symbolique, bien antérieure aux tea pets actuels, qui explique que le crapaud à trois pattes soit aujourd’hui fréquemment représenté sous la forme d’un compagnon de thé.

Tea pet en forme de crapaud à trois pattes Jin Chan sur un plateau à thé

Les tea pets qui réagissent à l’eau chaude

Certains compagnons de thé contemporains sont conçus pour réagir à l’eau chaude. Leur couleur peut ainsi changer temporairement sous l’effet de la chaleur, puis revenir à son aspect initial en refroidissant. Certains crapauds à trois pattes, par exemple, révèlent une couleur dorée lorsque l’on verse de l’eau chaude dessus.

Tea pet avant et après un changement de couleur provoqué par l’eau chaude

D’autres modèles sont encore plus ludiques. Le pee-pee boy est une petite figurine creuse représentant un garçon. Lorsqu’on verse de l’eau chaude sur sa tête, il projette un jet d’eau. La chaleur dilate l’air emprisonné à l’intérieur et pousse l’eau vers l’extérieur. La longueur du jet varie même avec la température de l’eau.

Le tea pet dans la pratique du Gong Fu Cha

Le compagnon de thé trouve souvent sa place sur un plateau utilisé pour préparer le thé en Gong Fu Cha. On peut verser sur lui l’eau ayant servi à préchauffer la théière ou le gaiwan. On peut aussi lui verser un peu de thé au cours de la dégustation.

Plusieurs tea pets sur un plateau dans une maison de thé à Shanghai

Il reste cependant entièrement facultatif. Le tea pet ne participe pas à l’infusion elle-même. Pour pratiquer le Gong Fu Cha, un petit gaiwan ou une petite théière et quelques tasses suffisent.

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