Le thé de Thaïlande possède deux visages complémentaires. Dans les montagnes du Nord subsistent de vieux théiers à grandes feuilles et une ancienne culture du thé. En parallèle, une production plus récente de wulong et d’autres thés fins s’est développée au cours des dernières décennies.
De Chiang Rai à Chiang Mai et Mae Hong Son, je sélectionne des thés thaïlandais. Ils témoignent de cette rencontre entre vieux théiers, traditions montagnardes et nouvelles méthodes de transformation.
Les vieux théiers des montagnes du Nord
La culture du thé en Thaïlande se concentre principalement dans les régions montagneuses du Nord. Chiang Rai, Chiang Mai et Mae Hong Son comptent parmi les territoires les plus importants, à proximité du Myanmar et du Laos.
Dans plusieurs de ces régions poussent depuis longtemps des théiers à grandes feuilles de Camellia sinensis var. assamica. Certains ont aujourd’hui plus d’un siècle et prennent véritablement la forme de petits arbres.
Wawee, dans la province de Chiang Rai, constitue l’un des exemples les plus remarquables. De vieux théiers y poussent encore dans des environnements montagnards et forestiers. Ils offrent un paysage très différent de celui des plantations modernes parfaitement alignées.
Ainsi, ce patrimoine végétal inscrit le nord de la Thaïlande dans un vaste ensemble de régions de vieux théiers. Celui-ci s’étend du sud-ouest de la Chine à plusieurs territoires d’Asie du Sud-Est. Aujourd’hui, cette matière première permet aux producteurs d’élaborer des thés très différents.
Miang, une ancienne culture du thé
Bien avant le développement récent des wulong thaïlandais, les populations du Nord entretenaient déjà des théiers pour produire le miang.
Le miang n’est pas un thé à infuser au sens habituel du terme. Traditionnellement, on récolte les feuilles, puis on les étuve et on les laisse fermenter avant de les consommer. Cette pratique témoigne de l’ancienneté de la relation entre les communautés montagnardes et le théier.
Dans certains villages, des théiers autrefois principalement destinés au miang servent aujourd’hui également à la fabrication de thés à boire. Leurs jeunes pousses peuvent notamment donner des thés verts ou noirs. Les producteurs explorent aussi d’autres méthodes de transformation.
Cette histoire ancienne permet donc de comprendre pourquoi la Thaïlande ne peut pas être considérée simplement comme un nouveau pays producteur de thé.
Le développement des wulong dans les montagnes thaïlandaises
Une autre histoire commence dans la seconde moitié du XXe siècle. À partir de 1969, le Royal Project initié par le roi Rama IX accompagne le développement agricole des hautes terres. Il cherche notamment à assurer de nouveaux revenus aux populations montagnardes et à remplacer la culture de l’opium.
Dans les années 1990, la recherche autour du thé prend une nouvelle ampleur. Le Royal Project développe alors différents thés de type chinois et plusieurs wulong. Dans le même temps, les producteurs améliorent leurs pratiques agricoles et leurs méthodes de transformation.
L’influence des traditions chinoises et taïwanaises apparaît notamment dans les cultivars et les techniques utilisées. Parmi les théiers présents dans le Nord figure le Ruan Zhi (軟枝烏龍, Ruǎnzhī Wūlóng). Son nom signifie littéralement « wulong à tige tendre ». Ce théier est associé à l’histoire des wulong de Chine et de Taïwan.
Cependant, ces influences n’empêchent pas la Thaïlande de développer progressivement sa propre identité. Le climat, l’altitude, les sols et le travail des producteurs donnent aux feuilles une expression propre aux montagnes thaïlandaises.
Une production de plus en plus diverse
Le thé thaïlandais ne se limite aujourd’hui ni aux vieux théiers ni aux wulong. Les producteurs élaborent aussi des thés verts, noirs et blancs. Ils explorent également des transformations inspirées par différentes traditions asiatiques.
Certains artisans travaillent notamment les feuilles des vieux théiers selon une logique proche de celle des Pu’er du Yunnan. Pour respecter l’origine géographique du Pu’er, je présente ces productions comme des thés thaïlandais de style Pu’er.
Cette coexistence entre théiers anciens et production contemporaine rend la Thaïlande particulièrement intéressante. D’un côté subsistent un patrimoine végétal et des traditions anciennes. De l’autre, producteurs et artisans continuent d’explorer de nouvelles façons de transformer la feuille.
Enfin, c’est cette rencontre entre vieux théiers, montagnes du Nord et diversité des savoir-faire que je cherche à mettre en valeur dans ma sélection de thés de Thaïlande.
Thés thaïlandais de style Pu’er
Thés blancs de Thaïlande
Thés thaïlandais de style Pu’er
Thés thaïlandais de style Pu’er




